Le Frac à la médiathèque de Cavaillon

Ghada Amer

Le Frac présente cet été à la Médiathèque de Cavaillon l’œuvre intitulée Mâjnun de Ghada Amer.

Des milliers de mots d’amour déclamés à la bien aimée puis, en raison de cet acte reçu comme un affront par le père écrits dans la solitude du désert, recouvrent la totalité des trois penderies de toile plastifiée.
Pas un centimètre n’échappe à l’aiguille qui a brodé dans la patience de longs mois cette litanie amoureuse. « Langage d’ardeur » comme le nomme Ghada Amer, exposé et retenu, immobilisé par l’entrelacs des innombrables fils. Ces penderies ordinairement destinées à n’être que d’utiles et neutres contenants deviennent ici des messagères renfermant l’absence, l’impossible. Penderies sépultures. Mots libérateurs et « engeôleurs ». Délit de folie (auquel renvoie le mot arabe mâjnun) d’avoir livré au dehors sans précautions une intériorité déchirée. Délit exposé ici dans toute sa vérité en couleurs de vie et de mort.
La lenteur de l’écriture brodée s’inscrit dans le déchiffrement obligé d’une lecture qui ne peut tout saisir et qui, épelant un à un les mots, trouble et fait vaciller le sens.

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Frac Provence-Alpes-Côte d’Azur
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Les œuvres de la collection du Frac dans l’exposition

  • Ghada AMER, Majnûn (Le fou (amoureux)), 1996
    Installation
    Trois housses de vêtements de série industrielle en tissu synthétique jaune doublé, brodées de fil rouge.

    « Mâjnun » est une pièce constituée de 7 penderies en plastique jaune sur lesquels j’ai brodé entièrement tous les poèmes d’amour qu’un homme (Mâjnun, ce qui signifie le fou) a écrit à une femme (Leila). Mâjnun Leila est une histoire bien connue dans le monde arabe.
    L’histoire d’un amour fou d’un homme pour une femme.
    Quand Qays, fou d’amour déclare publiquement sa passion pour Leila, le père de celle-ci ne supporte pas cet affront et la marie sur-le-champ à un autre homme. Ainsi puni pour la puissance de son langage par le père de sa bien-aimée, Qays s’isole dans le désert où il continue à écrire son adoration pour Leila...
    La tradition nous dit que Leila aimait réciproquement cet homme. N’est-elle pas morte à l’annonce de la mort de Qays tué par le désespoir ? On ne trouve aucune trace de l’expression de l’amour de cette femme pour Mâjnun.
    Me mettant à la place de Leila, j’ai choisi de recopier, ensuite de broder, les paroles d’amour de Qays, montrant ainsi que le langage d’ardeur est à jamais délimité par les mots de l’homme.

    Ghada Amer, 1996
    Broderie sur toile, métal

    3 x (156,5 x 91 x 51 cm)
    Achat à la Galerie Météo en 1997
    Inv. 97.334
    © Adagp, Paris
    Photo : Visuel fourni par la galerie