Hélène Baillot & Raphaël Botiveau

Dans le cadre de la programmation du Frac en région et d’un partenariat entre voyons voir — art et territoire, et le Parc national de Port-Cros
Avec l’aimable accueil du Domaine de Massacan

Hélène Baillot & Raphaël Botiveau, photogramme, Porquerolles, mars 2021.

Le duo artistique composé par Hélène Baillot et Raphaël Botiveau est invité en résidence de recherche et création sur le site de la Tour fondue, à Hyères et au domaine de Massacan sur la commune de La Garde. La batterie du Pradeau domine la rade de Hyères en face de l’embarcadère vers l’île de Porquerolles, c’est un petit ouvrage défensif polygonal qui date du XVIIe siècle, édifié sous Richelieu, qui abritera bientôt une scénographie valorisant les richesses du parc national, les liens terre-mer, la biodiversité de la faune et de la flore, le patrimoine immergé…
Amphores, graines, ancrages, œufs, mâchoires de cachalot, planches d’essences de bois rare, autant d’éléments constituant la collection d’un cabinet de curiosités, des productions de films à 360° et des expositions qui révèleront au grand public des richesses souvent méconnues pour l’inviter à contribuer à la préservation des milieux naturels protégés par le Parc national et par tous ceux qui composent ce territoire : habitants, usagers, acteurs et partenaires.

Car en effet, le territoire du parc national et plus particulièrement de l’île de Porquerolles subit chaque été une pression touristique qui comme pour tous les grands sites fragilise ses espaces naturels. Rien de plus paradoxal que de se concentrer dans des lieux exceptionnels de contemplation et de ressourcement, si c’est notre présence même qui les met en péril.
Une situation qui évoque la scène de Fellini dans le film Roma lorsque, sans le vouloir, ceux qui entrent dans la grotte pour y découvrir des fresques antiques provoquent leur effacement instantanément… La référence cinématographique n’est pas fortuite puisqu’elle constitue l’un des matériaux du travail d’Hélène Baillot et Raphaël Botiveau. L’un sort de l’école du Fresnoy, l’autre d’un doctorat de science politique (université Paris 1). Leur travail bénéficie de ces deux approches complémentaires où la fiction vient souvent nourrir la réalité. Leurs précédentes réalisations, qui portaient sur la question des migrations et du franchissement des frontières, témoignent d’un intérêt fort pour la découverte et le dévoilement d’un territoire, une approche qui les conduit parfois à intégrer des protagonistes de ce territoire dans leur processus créatif.

Dans 400 Paires de bottes, 2020, ils suivaient la trajectoire d’un objet circulant de part et d’autre de la frontière franco-italienne pour donner à voir les liens de solidarités tissés dans un milieu montagnard hostile. Dans London Calling, 2017, œuvre qui entre dans la collection du Frac en 2020, ils faisaient rejouer des scènes issues d’une œuvre fictionnelle et de l’Histoire pour mieux appréhender une situation du monde contemporain. Dans la jungle de Calais, un groupe d’acteurs amateurs incarne les personnages du film de Verneuil Week-end à Zuydcoote, dans lequel des soldats français cherchent à embarquer pour l’Angleterre, une quête transposée aux jeunes gens qui cherchent à rejoindre les côtes de l’île en 2017 ; d’autres époques, d’autres guerres et d’autres drames…

Pour l’heure, impossible de présager ce qui retiendra l’attention des deux artistes. C’est tout l’intérêt d’une résidence de recherche et de création qui se construit dans la durée, sans idée préconçue, et se nourrit des rencontres et observations qui surgissent sur le terrain. Mais il se dessine déjà, au gré des premiers échanges, un questionnement autour des flux touristiques de personnes qui découvrent chaque année l’île, parfois plus de 10 000 visiteurs par jour en haute saison, et qui laissent leur empreinte sur les paysages littoraux et insulaires.

Les artistes ont pu se familiariser en mars 2021 au tout début de cette résidence avec ces enjeux, lors de rencontres à Porquerolles animées par le Parc national, et aller à la rencontre des habitants, scientifiques et acteurs du développement durable.

Une séance de projections de leurs films aura lieu le 16 septembre 2021 au Domaine de Massacan de La Garde, en leur présence. Les artistes présenteront à cette occasion leurs premières pistes de recherche sur le thème proposé par le Parc national : rendre visible l’invisible

Céline Ghisleri
Directrice de voyons voir | art contemporain et territoire
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Domaine de Massacan
1589 Avenue Commandant Houot, 83130 La Garde
Renseignements : 04 22 80 29 02