Wilfrid Almendra

Adelaïde

Vernissage au Frac vendredi 24 juin à 18h30

Commissaire : Muriel Enjalran

En partenariat avec Fraeme, Friche la Belle de Mai, Marseille.
Dans le cadre de la Saison France-Portugal 2022

L’exposition Adelaïde inaugure le nouveau projet artistique et culturel du Frac Faire société et ouvre de nouvelles « perspectives » sur l’œuvre de cet artiste franco-portugais dont les recherches nous invitent à réinventer nos modes de production et de consommation pour recréer du commun. L’œuvre de Wilfrid Almendra englobe sculpture et installation en faisant appel à des matériaux divers issus de l’échange et du recyclage, et en se nourrissant de références issues de l’histoire de l’art et de l’architecture. Il pratique l’art de sublimer les matériaux les plus hétéroclites en expérimentant dans son atelier des techniques empiriques et précises inspirées du monde ouvrier qu’il connait bien issu d’une famille de travailleurs immigrés portugais. Il questionne à travers son travail, la capacité d’invention et de poésie qui permet aux individus de transcender les normes économiques et sociales qui leur sont imposées et les déterminent.

Wilfrid Almendra, Martyr, 2020.
Bois aggloméré, acier, plaque ondulée polyester, téflon, silicone, ficelle, cuir, sangle, verre, mousse expansive, acier galvanisé, aluminium, cuivre, peinture, néons. Collection Frac Provence-Alpes-Côte d’Azur.
Photo Aurélien Mole.

Organisée en partenariat avec l’association Fraeme, l’exposition Adelaïde se déploie entre le plateau perspectives au Frac et le Panorama à la Friche la Belle de Mai. L’artiste propose de nouvelles productions issues d’une recherche réalisée dans le cadre de l’exposition So much depends upon a red wheel barrow produite dans le cadre de Manifesta 13 Marseille en 2020. L’œuvre Martyr acquise par le Frac à cette occasion est présentée dans l’exposition Adelaïde au Panorama de la Friche. L’exposition proposait alors un environnement insolite fait d’architectures précaires, d’une serre aux mauvaises herbes, de vêtements de travail, évoquant les jardins ouvriers, les lieux périphériques où se rencontrent la nature, les zones commerciales et industrielles. Le martyr est une grande planche en aggloméré qu’on plaçait entre l’outil et la pièce à façonner, trouvée par l’artiste dans son atelier, une ancienne fabrique de meubles.

Cette pièce redécoupée, garnie de tôles ondulées translucides en polyester typiques de l’architecture industrielle ou des cabanes de jardin, surprend l’oeil par ses effets de lumière et de miroir.

Pour l’exposition, prolongeant cette exploration, Wilfrid Almendra dessine un paysage mental peuplé de formes singulières, d’hybridations d’images et de motifs empruntés au monde du travail, à l’architecture et à la nature en fabriquant des structures qui incorporent l’élément organique sous forme de végétation séchée. Les sculptures et les installations sont réalisées à partir de matériaux de récupération : cuivre, verre de serre..., assemblés dans des espaces qui incorporent l’imaginaire des jardins ouvriers. Herbiers sauvages des bords des routes, cuve de fuel, limaces en bronze, composent un univers hétéroclite à la fois minéral et végétal, à l’image de ces jardins ouvriers souvent situés aux périphéries des villes, investis et modelés par les rêves de verdure et de vie partagée des familles modestes dans les années 50. Des objets (bonnet, marcel, chaussettes, short, usagés et figés par un moulage en aluminium) portent une histoire personnelle et familiale, traces mémorielles semées çà et là.

L’espace est conçu pour être appréhendé selon diverses perspectives et inviter à une libre déambulation parmi des objets à sens multiples (réminiscences organiques et corporelles, esthétiques, sociales...). De très hauts troncs floqués formés de fer à béton, tracent de grandes verticales superposées à des structures en arc ou faites de tubes de frigo détournés, selon une géométrie complexe. Des formes suspendues mobiles, les jeux de lumière et de transparence des structures en verre construisent un monde de métamorphoses d’où surgit la beauté à l’image de ce paon, élément récurrent dans l’univers de l’artiste.

Toutes ces formes sont ouvertes et fonctionnent comme des amorces de récits que le spectateur-promeneur est invité à prolonger. Brouillant les repères perceptifs habituels, ces compositions singulières incitent à prêter attention à des objets délaissés et des plantes sauvages comme la mauve, fleur comestible et médicinale qui pousse dans les friches. Choses de peu, sans prestige, dont le potentiel poétique et l’aura cachée sont soudain révélés par un geste artistique qui accomplit une sorte d’épiphanie du banal. Cette ode à l’infra ordinaire s’inscrit dans un projet de vie annoncé par le titre Adelaïde, prénom d’une figure familiale importante pour l’artiste qui agit au sein de la communauté d’un petit village du nord du Portugal. Adelaïde est aussi le nom donné à ses projets d’artiste-paysan. Wilfrid Almendra cultive des arbres fruitiers et du vin dans ce même village de Casario et participe de l’économie locale en créant les conditions d’une rencontre avec le monde de l’art dans une maison qu’il restaure à l’aune des interventions des amis artistes qui le visitent. Comme la promesse qu’un autre modèle de relation économique et sociale à l’échelle d’une communauté est possible reposant sur le troc, l’échange et privilégiant un mode d’exploitation raisonnée, finalement seul capable de réconcilier nature et culture.

Muriel Enjalran, mars 2022.

Biographie

Wilfrid Almendra, artiste franco-portugais, est né en 1972 en France. Il vit et travaille à Marseille et à Casario au Portugal. Depuis 2005, il a présenté et participé à de nombreuses expositions en France et à l’étranger : au Parc Saint Léger, Centre d’art contemporain, Pougues-les-Eaux, au centre d’art Passerelle, Brest, au centre d’art contemporain de Chelles, Les Églises, au Centre d’art bastille, Grenoble, à la Fondation d’Entreprise Ricard et au Palais de Tokyo, Paris, au Witte de With, Rotterdam, au Museum of Contemporary Art, Chicago, à la Marfa gallery, Texas. En 2020, il présente l’exposition So Much Depends Upon A Red Wheel Barrow à Marseille dans le cadre de Manifesta 13.